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    Hitler et l’Eglise catholique

    dimanche 12 février 2017, par Robert Paris

     

     

    Hitler et l’Eglise catholique

    Au début des années 1920, les évêques allemands sont majoritairement conservateurs et monarchistes. En 1922, lors de l’ouverture d’un Congrès national de catholiques, le cardinal von Faulhaber, archevêque de Munich qualifie la révolution de novembre 1918 qui avait renversé la monarchie d’« acte de haute trahison ».

     

    Confrontée à la vague révolutionnaire la plus importante de l’histoire, entre 1917 et 1923, la Très Sainte institution catholique (véritable État parmi les autres États), Vatican en tête, prend l’initiative de lutter contre ce qu’elle appelle le danger communiste. Dès 1920, elle organise des groupes d’action dont la structure générale s’appellera : INTERMARIUM. Cette initiative a pu compter sur la participation de fascistes notoires. Les services secrets britanniques et français s’impliquèrent également dans INTERMARIUM. Les groupes composant cette organisation se définissaient ouvertement comme anti-communistes et leurs objectifs déclarés étaient "la mobilisation de l’organisation catholique dans la lutte contre le communisme" (Pie XI) et la création d’un réseau catholique dans toute l’Europe pour faire face au danger communiste développé sur le continent suite au processus insurrectionnel en Russie.

     

    Tout au long des années 1920, une minorité de catholiques fait corps avec le parti national-socialiste (NSDAP) naissant. Ils sont attirés par l’anticommunisme, l’antilibéralisme, l’antiparlementarisme et l’antipacifisme du nouveau parti.

     

    Aux prêtres engagés dans l’aventure hitlérienne, la hiérarchie conseille de « se montrer prudents ».

     

    1923 - Hitler, pragmatique, se proclame catholique dans "Mein Kampf", l’ouvrage où il annonce son programme politique. Il y affirme aussi qu’il est convaincu qu’il est un "instrument de Dieu". Hitler fait inscrire sur le ceinturon de chaque soldat allemand "Gott mit uns" Dieu avec nous. Les élèves des écoles allemandes doivent commencer la journée par une prière pour Jésus. L’Église catholique ne mettra jamais "Mein Kampf" à l’Index.

     

    Hitler écrit dans « Mein Kampf » :

     

    « Le protestant le plus croyant pouvait marcher dans nos rangs à côté du catholique le plus croyant, sans que sa conscience dût le moins du monde entrer en conflit avec ses convictions religieuses… Le juif a atteint son but : catholiques et protestants se combattent à cœur joie et l’ennemi mortel de l’humanité aryenne et de toute la chrétienté rit sous cape… Ici encore, il nous faut prendre des leçons de l’Eglise catholique. Bien que son édifice doctrinal, sur plus d’un point - et souvent d’ailleurs d’une manière surtout apparente - heurte la science exacte et l’observation, elle se refuse pourtant à sacrifier la plus petite syllabe des termes de sa doctrine. Elle a reconnu très justement que sa force de résistance ne réside pas dans un accord plus ou moins parfait avec les résultats scientifiques du moment, résultats d’ailleurs jamais définitifs, mais dans son attachement inébranlable à des dogmes établis une fois pour toutes, et qui seuls confèrent à l’ensemble le caractère d’une foi… Mais la meilleure définition en est fournie par le produit de cette éducation religieuse : par le juif lui-même. Sa vie n’est que de ce monde et son esprit est aussi profondément étranger au vrai christianisme que son caractère l’était, il y a deux mille ans, au grand fondateur de la nouvelle doctrine. Il faut reconnaître que celui-ci n’a jamais fait mystère de l’opinion qu’il avait du peuple juif, qu’il a usé, lorsqu’il le fallut, même du fouet pour chasser du temple du seigneur cet adversaire de toute humanité, qui, alors comme il le fit toujours, ne voyait dans la religion qu’un moyen de faire des affaires. »

     

    Les catholiques allemands sont 20 millions, concentrés en Bavière et en Rhénanie, minoritaires vis-à-vis des 40 millions de protestants. C’est une minorité que l’on peut qualifier d’active et de vigoureuse si l’on prend en compte ses 20 000 prêtres et ses 100 000 religieux (qui se comparent aux 16 000 pasteurs protestants), ainsi que ses organisations de masse comme la Ligue populaire des catholiques allemands (Volksverein für das Katholische Deutschland) qui regroupe 500 000 membres et 4 500 associations affiliées, ou encore ses mouvements de jeunesse (Jugend Deutschland) qui comptent 1 500 000 adhérents en 1933.

     

    À cela, il faut ajouter une presse, des écoles confessionnelles, et un parti, le Zentrum, qui recueillait plus de 80 % des suffrages catholiques au moment du Kulturkampf, mais qui, sous la République de Weimar n’en recueille plus que 60 %.

     

    Janvier 1933 - En Allemagne, le Zentrum, parti catholique, dont le leader est un prélat catholique, Prälat Kaas, vote les pleins pouvoirs à Hitler : Ce dernier peut ainsi atteindre la majorité des 2/3 au Reichstag pour suspendre les droits garantis par la constitution. "Le Mercure de France du 15 janvier 1934 a montré - et personne ne l’a contredit - que c’était Pie XI qui "avait fait" Hitler.

     

    Hitler signe dès le 20 juillet 1933 un concordat définissant les relations de l’état allemand avec l’Église catholique ce que l’ancien nonce apostolique à Berlin et futur Pie XII n’avait pu obtenir de la part de la République de Weimar, entraînant l’illusion chez beaucoup de catholiques d’un respect des nazis pour les institutions catholiques.

     

    Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, l’Église catholique romaine est reconnue pour la première fois, il faut le souligner, dans l’ensemble du Reich allemand ; les associations, les œuvres de jeunesse, l’école confessionnelle se voient accorder des garanties ; les biens confisqués sont restitués. C’est ce que l’on a appelé la « grande réconciliation » des catholiques et des nazis !

     

    En 1933, le très catholique journal « La Croix » est satisfait car "le concordat allemand du 20 juillet est le plus grand évènement religieux depuis la réforme", La Croix "se réjouit de ce que le nouveau régime scolaire allemand comporte l’exclusion complète du laïcisme dans l’Ecole".

     

    En juin 1933, juste avant la signature officielle du concordat, une nouvelle conférence épiscopale se tient à Fulda et aboutit à une lettre pastorale signée de trois cardinaux Bertram, Faulhaber, Schulte d’un archevêque Gröber et de deux évêques, Ehrenfried et Preysing :

     

    « Notre Sainte Église catholique attache une valeur et une signification particulière au principe d’autorité... nous autres catholiques, nous n’éprouvons aucune difficulté à rendre hommage à la manière nouvelle et vigoureuse dont on insiste sur le principe d’autorité dans l’État allemand… Après des années de servitude... la nation allemande doit de nouveau avoir, dans la famille des nations la liberté et la place d’honneur qui lui sont dues, à cause de son importance numérique, de ces capacités et de ses réalisations culturelles. ».

     

    Dès lors, l’attitude de l’Église catholique sera un mélange d’accommodement, de tentatives d’intégration à l’intérieur du système nazi d’une part (levée de l’interdiction faite en 1931 aux catholiques d’appartenir au parti nazi en 1934), et de résistances aux empiètements du pouvoir qui violaient le concordat, d’autre part.

     

    Non seulement les évêques applaudissent la remilitarisation de la Rhénanie, mais dans une lettre pastorale collective le 19 août 1936, ils approuvent l’intervention de l’Allemagne dans la guerre d’Espagne « Puisse notre Führer, avec l’aide de Dieu, mener à bien cette entreprise terriblement ardue... ». Ils acceptent, et certains, joyeusement, de faire sonner les cloches le 10 avril 1938 pour célébrer l’Anschluss qui regroupe à l’intérieur du Reich les Autrichiens en majorité catholiques.

     

    Si l’Eglise catholique approuve bruyamment le réarmement de l’Allemagne, elle est muette à propos du boycott des commerçants juifs, de la proclamation des lois raciales de Nuremberg en 1935 et la nuit de cristal en 1938. L’Eglise catholique fournit aux nazis son fichier d’archives généalogiques, ce qui leurs permet en défalquant les chrétiens, d’identifier les juifs.

     

    1938 - Les SS et SA organisent la "Nuit de Cristal" : Déguisés en civils, les miliciens nazis attaquent synagogues et magasins appartenant à des juifs. La population allemande est à la fois horrifiée et terrifiée. L’évêque de Freiburg, Monseigneur Gröber, déclare alors, en réponse à des questions sur les lois raciales et les pogroms de la "Nuit de cristal" : « On ne peut refuser à quiconque le droit de sauvegarder la pureté de sa race et d’élaborer les mesures nécessaires à cette fin. »

     

    Pendant cette période, de 1933 à 1939, certains évêques catholiques se montrent complaisants vis-à-vis des valeurs de la race. On peut ainsi lire dans le Handbuch de Mgr Gröber : « Chaque peuple est en lui même responsable de la réussite de son existence, et l’apport d’un sang totalement étranger représentera toujours un risque pour la nation qui a prouvé sa valeur historique. C’est pourquoi, on ne peut refuser à aucun peuple le droit de maintenir la pureté de son origine raciale et de prendre des garanties dans ce but. La religion chrétienne demande simplement que les moyens utilisés ne pêchent pas contre la loi morale et la justice naturelle. »

     

    En Espagne, l’Église vient au secours de Franco : Elle justifie encore une fois la guerre, la hiérarchie catholique prend position officiellement pour les exécutions de prisonniers : Une lettre, signée par deux cardinaux, six archevêques, 35 évêques et 5 vicaires généraux (la quasi-totalité de l’épiscopat espagnol), est adressée "à tous les évêques du monde". Elle définit la guerre civile comme étant une croisade et un plébiscite armé. Les signataires se réjouissent des exécutions de prisonniers car au moment de l’exécution, l’exécuté se réconcilie avec Dieu. Mgr Diaz Gomara évêque de Carthagène :" Bénis soient les canons si, dans les brèches qu’ils ouvrent, fleurit l’Évangile ".

     

    Dans le monde entier, l’Église catholique se mobilise pour soutenir Franco contre la république.

     

    Le 1er octobre 1938, conformément aux accords de Munich, les troupes allemandes pénètrent en Tchécoslovaquie et occupent le territoire des Sudètes. Ce même jour, sur proposition du Cardinal Faulhaber, au nom de tous les cardinaux allemands, le Cardinal Bertram envoie un télégramme de félicitations à Hitler : « Le haut-fait d’avoir sauvegardé la paix internationale incite l’épiscopat allemand... à offrir respectueusement ses félicitations et ses remerciements, et à ordonner un carillon de fête pour ce dimanche. ».

     

    Le patriotisme des catholiques allemands ne faiblit pas tout au long de la guerre de 1939-1945. Juste après le début des hostilités, en septembre 1939, une lettre pastorale invite les catholiques allemands à faire leur devoir de soldats :

     

    « Nous exhortons les catholiques à faire leur devoir de soldats et à tout sacrifier d’eux-mêmes, en obéissance au Führer. Nous faisons appel aux fidèles pour qu’ils prient ardemment la divine Providence afin qu’elle conduise la patrie et le peuple à un bienheureux succès et à la paix. »

     

    Le 30 septembre, les évêques obéissent à l’injonction du ministre des Affaires Ecclésiastiques de faire sonner les cloches pendant sept jours pour célébrer la victoire sur la Pologne. Au même moment Radio Vatican et l’Osservatore Romano diffusent dans le monde entier des informations sur les atrocités commises par les Allemands en Pologne.

     

    1939 - Le journal "La Croix" publie un article de l’abbé Thellier : "des milliers et des milliers de combattants succombent (...) Si douloureux que soit leur trépas, il leur apporte, par la miséricorde divine, un bien supérieur à la vie. (...) Sans la guerre, beaucoup de nos morts auraient mené une existence moralement insignifiante, religieusement presque nulle, destinée à s’achever dans une fin médiocre, peut-être mauvaise, qui les eût menés à un avenir douteux."

     

    En France, l’Église déclare dès 1940 que "Pétain, c’est la France".

     

    Au cours de la 2e guerre mondiale, le Vatican est au courant des exterminations de juifs par les nazis. On saura, après la guerre, que le pape pie XII a hésité à lancer un appel public, à plusieurs reprises, mais s’est finalement abstenu de le faire. En décembre 2002, la prestigieuse revue bimensuelle des jésuites italiens contrôlée par le Vatican Civiltà cattolica écrit ainsi "Pie XII n’a pas eu, probablement, une trempe de prophète" et reconnaît ainsi, tardivement, le silence du Vatican.

     

    1940 - Célèbre déclaration de Mgr Gerlier, Primat des Gaules : "Pétain, c’est la France et la France, c’est Pétain"

     

    Le 30 juillet 1940, l’archevêque Salieges affirmait : "le gouvernement légitime de la France a, à sa tête un homme qui a fait don de sa personne à la France. Magnifique exemple de renoncement à tout égoïsme et d’amour généreux de la Patrie".

     

    Le 2 octobre 1940, l’archevêque d’Aix déclare : "Nous devons tous nous serrer, sans hésitation, autour de l’illustre Maréchal".

     

    Le 22 octobre 1940, on pouvait lire dans la Croix : "le chef de l’Etat professe des thèses semblables à celles du Souverain Pontife".

     

    Le 19 novembre 1940, le cardinal Baudrillart, recteur de l’Université Catholique de Paris, déclarait : "Au ciel de la France de 1940, ciel chargé de tempêtes, une bienfaisante lumière s’est manifestée et a réveillé tous les espoirs ! Cette lumière, c’est bien sûr le Maréchal".

     

    Le 16 février 1941, l’évêque Dutoit d’Arras rappelait les devoirs d’un bon catholique : "Le devoir est simple d’autant qu’il est grave : suivre et appuyer de notre confiance le Maréchal Pétain".

     

    Le 3 décembre 1941, l’archevêque Baudrillart écrit : "Contre les puissances démoniaques, l’Archange Gabriel brandit son épée vengeresse, brillante et invisible. Avec lui sont unis et marchent les peuples chrétiens et civilisés qui défendent leur patrie, leur avenir aux côtés des armées allemandes".

     

    En 1942, l’évêque de Marseille déclare : "nous n’ignorons pas que la question juive pose de difficiles problèmes nationaux et internationaux. Nous reconnaissons bien que notre pays a le droit de prendre toutes mesures utiles pour se défendre contre ceux qui, en ces dernières années surtout, lui ont fait tant de mal, et qu’il a le devoir de punir sévèrement tous ceux qui abusent de l’hospitalité qui leur fut si libéralement accordée".

     

    En août 1942, un officier nazi, Kurt Gerstein tente d’alerter le nonce apostolique, Mgr Orsenigo sur les faits dont il a été témoin dans les premiers camps d’extermination. Comme le nonce refuse de le recevoir, il raconte son histoire au conseiller juridique de Mgr Preysing, évêque de Berlin.

     

    Le 14 juin 1942, l’archevêque de Fribourg, Mgr Gröber, informa le saint-siège des massacres de juifs dans les pays de l’Est. La même année, l’évêque d’Osnabrück, Mgr Berning, s’exprima ainsi au Pape : "l’élimination totale des juifs subsiste clairement", "que peut-il arriver ? Les évêques peuvent-ils lancer depuis leur chaire une protestation publique ?".

     

    Le nonce apostolique de Suisse, Mgr Bernardini a été contacté par Gerhart Riegner, membre du congrès Juif Mondial, qui avait établi un recensement des persécutions sur les juifs dans toute l’Europe. Le Vatican ne fit rien !

     

    En 1942, un résistant catholique polonais est sollicité par des juifs du ghetto de Varsovie pour témoigner auprès du Vatican. Ces résistants juifs pensent que les autres juifs ne se laisseront pas faire s’ils sont mis au courant, et que l’Eglise catholique est assez influente pour prévenir tout le monde des atrocités commises. Ils veulent aussi que Pie XII "ferme les portes du paradis à ceux qui les persécutent". Le résistant polonais, Jan Karski, est rentré puis reparti clandestinement du ghetto où il a pu voir les conditions dans lesquelles étaient traités les juifs. Ensuite celui-ci a traversé l’Europe pour rejoindre le président polonais exilé à Londres. Ce dernier a prévenu le Pape des barbaries perpétuées sur les juifs en Pologne. Le Pape s’est alors contenté, à Noël 1942, d’exprimer ses "voeux pour ceux qui, pour simple question de race, sont condamnés".Ouah ! quel courage ! On ne se mouille pas de trop…

     

    Le 16 octobre 1943, 1259 juifs de Rome sont déportés sous les fenêtres du Vatican, le Pape n’a même pas tenté d’empêcher, par sa présence, le départ du train. Il s’est contenté de faire ouvrir les portes des couvents de Rome pour sauver, quand même, quelques centaines de juifs.

     

    Le 20 juin 1944, le nonce apostolique de Tchécoslovaquie reçoit Rudolf Vrba, un évadé d’Auschwitz, qui lui décrit la situation dans ce camp et qui lui explique qu’une nouvelle ligne de train vient d’être créée pour augmenter les capacités d’extermination. Ces informations seront conservées par le Vatican.

     

    Malgré toutes les données récoltées par les alliés et l’Eglise catholique, personne n’a bougé. Même les historiens catholiques reconnaissent que Pie XII n’a jamais condamné publiquement la politique antisémite des nazis. Les alliés auraient pu bombarder les lignes de chemin de fer qui conduisaient aux camps ou même les détruire. Le Vatican aurait pu excommunier les nazis et appeler les catholiques à résister.

     

    Un seul nazi a été excommunié, ce fut Léon Degrelle, le chef des fascistes belges, membre des SS. Celui-ci fut excommunié pour avoir porté l’uniforme pendant une messe et pour avoir agressé un prêtre. Ainsi le Pape a excommunié un nazi, non pas parce qu’il était nazi mais parce qu’il avait attaqué un membre du clergé. Les autres chefs nazis ont accepté cette sentence sans rien dire, preuve que le pape avait une marge de manœuvre plus grande qu’il ne voulait le faire croire.

     

    Si le Pape avait excommunié les nazis, de profonds croyants, comme Paul Touvier, les auraient-ils soutenus ? L’Etat nazi aurait eu certainement plus de mal à contrôler l’Europe s’il avait eu les catholiques contre lui. Pourtant il n’en fut rien, pire dans de nombreux pays comme la France, l’Eglise catholique, dans sa grande majorité, a soutenu les gouvernements qui collaboraient avec l’Allemagne nazie. La seule protestation publique de l’Eglise est celle de Pie XII adressée, fin 1944, au président hongrois, Horthy, contre les souffrances infligées aux juifs. Etait-ce une protestation sincère ou un abandon des thèses antisémites à quelques mois de la victoire des alliés ?

     

    Il semble que l’anti-bolchevisme des nazis et des fascistes arrangeait plutôt l’Eglise catholique. Celle ci avait tellement peur des soviétiques qu’elle se sentait protégée par les fascistes et les nazis. On estimait sans doute que le nazisme était un moindre mal. On condamna l’agression de la Finlande par l’URSS, mais on ne dit rien sur les attaques fascistes en Grèce et en Yougoslavie. En 1937, le pape publie deux encycliques : "Divini redemptoris" condamne "le communisme comme intrinsèquement pervers" et "Mit bretender sorge" met en garde contre les "tentations paganistes" qui pourraient voir le jour dans le nazisme. Ainsi l’Eglise n’était pas toujours silencieuse. L’argument de la neutralité de l’Eglise n’est donc pas non plus valide ; le Pape était capable de condamner puisqu’il le fit contre les communistes ! Le Vatican savait également s’exprimer quand il a mis en garde les alliés de bombarder Rome.

     

    Enfin, quel intérêt auraient les catholiques à protéger les juifs, ceux qui ont vendu le Christ ? Rappelons qu’à l’époque, et ce jusqu’à Vatican II, les catholiques priaient pour les "perfides juifs". L’Eglise catholique a bien mené avec succès une campagne contre l’exécution des handicapés pendant l’été 1941. Pourquoi faire campagne contre ces exterminations, malgré les risques de représailles, et ne pas le faire contre l’extermination des juifs ? La vie d’un handicapé chrétien est-elle plus importante que la vie d’un juif ? On prend des risques dans un cas, on n’en prend pas dans l’autre…

     

    Rappelons également que nombre de prélats s’opposèrent à la déportation des juifs convertis au catholicisme. Pourquoi une telle différence de traitement d’affaires pourtant assez proches ? On sauve les handicapés catholiques, on proteste contre la déportation des juifs convertis et on se tait pour les autres ceux qui ne sont pas catholiques…On établit donc une hiérarchie de valeur pour chaque être humain. Le catholique serait-il supérieur au juif ? Ainsi il semblerait que, selon l’Eglise romaine, on n’a pas la même importance selon ses croyances. Pour l’Eglise catholique, un juif converti est un catholique alors que pour un nazi, il reste un juif. Quelques nuances dans les points de vue ce qui n’empêchent pas nos chers prélats d’approuver, et de soutenir la politique antisémite des nazis et de leurs collaborateurs !

     

    Notons, enfin, que les juifs n’étaient pas les seuls à déplaire au Pape puisque à la libération de Rome, Pie XII exprima une requête aux alliés, il leur demanda de ne pas affecter de soldats noirs à la porte du Vatican… 1944 - Deux juifs hongrois évadés du camp d’Auschwitz (R. Vraba et A. Bestic) font parvenir au Vatican, via le Nonce apostolique de Slovaquie, un rapport détaillé sur la situation dans le camp. Le rapport sera enterré...

     

    1944 - Le Pape prend ouvertement parti pour l’occupant, contre les résistants : Le 12 mars 1944, pendant la fête de son ascension sur le trône, il lance un appel contre l’insurrection populaire contre l’occupant.

     

    Les Églises protestantes européennes ne se comportent guère mieux que l’Église catholique face à la persécution des juifs par les nazis.

     

    1945 - Le camp d’Auschwitz est libéré et la population occidentale commence à saisir l’ampleur du génocide. Quelle est la réaction de l’Eglise catholique au sujet des charniers, des chambres à gaz et des camps d’extermination ? aucune, elle organise avec le cardinal Bertram une messe de Requiem à la mémoire d’Adolf Hitler.

     

    1945 - Le Vatican met en place une filière pour exfiltrer d’Europe les nazis compromis (essentiellement vers l’Amérique du sud). Eichmann, par exemple. L’Eglise délivre des documents tamponnés avec le visa du Vatican, utilise des monastères pour cacher les fugitifs, nomme dans sa hiérarchie des anciens collaborateurs de Hitler.

     

    6 août 1945 - Le père catholique Georges Zabelka bénit l’équipage américain du bombardier Enola Gay qui largue une bombe atomique sur Hiroshima : environ cent mille morts, femmes vieillards, enfants et malades.

     

    20 octobre 1946 - Un document accablant en provenance du Saint Office et adressé au nonce apostolique à Paris par le pape Pie XII indique l’attitude à tenir vis-à-vis des enfants juifs confiés pour les sauver durant la guerre à des institutions catholiques. Il y est écrit que les enfants seront élevés selon l’éducation chrétienne et qu’une fois baptisé ils ne pourront pas être remis à leurs familles même si les parents les réclament. Encore un élément qui éclaire l’attitude scandaleuse du pape Pie XII à propos de l’extermination des juifs par les nazis...

     

     

    Soucieux de son image, le Vatican a décidé, en octobre 1999, la création d’une commission internationale d’historiens juifs et catholiques "afin d’en finir avec les polémiques sur le rôle du Vatican durant la guerre". Cette commission rendit son rapport en octobre 2000. Les membres expliquèrent que les travaux historiques de l’Eglise sur ce sujet étaient incomplets et réclamèrent l’ouverture des archives du Vatican pour la période 1939-1945. Le Vatican a refusé cette ouverture, les membres juifs de cette commission ont alors démissionné. La commission s’est dissoute en juillet 2001


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    Croix gammée et damnée du nazisme:massacre des juifs et silence complice de la secte catholique.Guerre mondiale,massacres généralisés.Symbole des SS allemands.Symbole détourné de la swastika hindoue,dont la signification  a été inversée.

                                    

    "Amen" (Costa-Gavras) - 2002 DR

     

     

    Christ Croix Foi - Photo gratuite sur Pixabay

     

     

    Croix maudite d'un Christ en croix qui engendra la soif de martyre de la secte de Jérusalem.

    Symbole inique et absurde d'un bouc émissaire innocent qui paie pour les coupables.Un sacrifice humain préhistorique pour apaiser la colère de Dieu.

    Minuit chrétien:

    "Minuit chrétiens,c'est l'heure solennelle,où l'homme dieu descendit jusqu'à nous,pour effacer la tache originelle et son père apaiser le courroux"

    Le courroux de Dieu ? Dieu ravalé à celui d'un despote criminel.Et ils osent ensuite affirmer que Dieu est amour.

    Courroux de dieu et courroux des cathos contre les juifs,courroux contre gnostiques,contre les savants dont Galilée,les sus-dites sorcières,les sus-dits hérétiques et alliance du sabre et du goupillon,guerres,inquisition et aussi bénédiction des canons .Ils ont fait Dieu à leur image d'êtres mauvais et malfaisants.Au lieu d'être à l'image de Dieu qui est aussi la Mère universelle.

    Symbole maudit du crucifix

    La croix simple est un symbole de vie,car basée sur le chiffre 4,symbole de la vie mais une croix sur laquelle est accroché un supplicié est de toute évidence le symbole de la mort mais plus encore celui de la malédiction.

     


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    Le tour du monde des cannibales #1 : les insatiables Aztèques - Le ...

     

     

     

    Nissan est le mois pour les juifs où a eu lieu la délivrance d'Egypte.C'est le premier mois dans le calendrier juif.C'est au cours de Nissan qu'a lieu la fête de Pessah ou Pâque.Nissan correspond au mois d'Avril.

    Pour les juifs,le 10 Nissan est le jour où l'on choisit l'agneau pascal (Exode:12:13).Il doit être gardé 4 jours pour constater qu'il est sans défaut.

    Le sacrifice de l'agneau a toujours lieu le 14 Nissan ( Lévitique:23:5 et Nombres :28:16)

    Or,selon Jean 12:1 et 12:12,Jésus est entré à Jérusalem,4 jours avant la Pâque,soit le 10 Nissan.

    La journée juive commence le soir après le coucher du soleil.

    Pendant ces 4 jours,le fils de l'homme,c'est à dire un homme, a commencé les préparatifs de son propre sacrifice.C'est ainsi qu'il est devenu l'agneau pascal le 14 Nissan.

    Les évangiles dit canoniques donnent ainsi la concordance chronologique parfaite entre le sacrifice de l'agneau de la Pâque juive  et celui de la Pâque dite chrétienne,un sacrifice humain,affreux et dégoûtant. 

    C'est encore par l'aspersion du sang de l'agneau sur le linteau des portes des maisons juives que ceux ci ont été sauvés du massacre des premiers nés des hommes et des animaux  par  le jugement de YHWH (Exode 12).Et ils purent ainsi quitter l'Egypte.

    La raison et le bon sens s'indignent du fait qu'il faille verser du sang animal,d'un côté et pire encore du sang humain pour être sauvé.

    Les sacrifices humains ont été pratiqués en Judée Samarie,comme dans tous les pays arriérés du monde.C'est ainsi qu'en Gaule,selon le livre de Jules César "la guerre des gaules" ,les gaulois pratiquaient les sacrifices humains par l'intermédiaire des Druides que Monsieur Guénon par exemple  place dans sa fameuse tradition primordiale.

    Il faut reconnaître au moins le mérite aux Romains d'avoir fait cesser cette pratique barbare en Gaule.

    Selon la Bible ,c'est Abraham qui a fait cesser les sacrifices humains.Ce malheureux allait sacrifier son fils Isaac,premier né.Mais la main de Dieu a arrêté son geste criminel et insensé et a substitué un mouton,comme sacrifice.

    C'est ainsi qu'avec le sacrifice volontaire en plus ,donc un suicide,le fils de l'homme,selon la version canonique,nous fait remonter à une pratique pré-abrahamique et même cannibaliste.Dans son livre "le rameau d'or James Frazer nous montre comment les sociétés sortant à peine de l'animalité mangeaient leur dieu pour en acquérir les vertus.

    Plusieurs évangiles non canoniques ont été brûlés,détruits par l'Eglise.

    Ceux ci ont été redécouverts miraculeusement dans les manuscrits de la mer morte.

    Je pense en particulier à l'évangile de Thomas,de Philippe ou de Marie Madeleine.Et ceci sans compter sur le écrits gnostiques sur Jésus ,vus comme une horreur .

    Pas de sang qui coule,pas de barbarie mais une haute morale et des sentences dignes de réflexion dans ces évangiles présentés comme apocryphes.

    L'Eglise par ces évangiles canoniques nous présente une sinistre corrida avec ses piquadores ,les blessures des lances, le sang qui ruisselle sur la peau du taureau  et finalement la mise à mort d'un taureau innocent pour le seul plaisir sadique des participants.Et au matador,on donne la queue du taureau en trophée.

    C'est ainsi que les catholiques peuvent être fiers  de participer à cette boucherie

    qui transpire par toutes les pores de ces évangiles et pratiques anciennes barbares.

    Et la cerise sur le gâteau,c'est que ce sacrifice du Christ est donné en exemple comme sacrifice pour le chrétien qui doit bien entendu donner son sang en sacrifice dans les guerres organisées par les riches et les puissants.D'où l'alliance depuis l'empereur Constantin entre le sabre et le goupillon.

    Et cette race a encore le front de se faire appeler père,pour le simple curé ou pire encore Monseigneur,sans en ressentir aucune honte.

    Et sous une forme d'hostie,ils mangent leur dieu tous les dimanches:

    "Le corps du Christ:

    Amen,Amen ,Amen ,Amen ...."

     

     

     

     


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    Science-Religion Bruno ALEXANDRE Dieu - Le Mal

     

    L'EGLISE PRIMITIVE ET LE SERVICE MILITAIRE



     

    (Article paru dans le N° 213 des Cahiers du Cercle Ernest Renan -



    inspiré de l'essai "Eglise, qu'as-tu fait de l'Evangile de la vie", chap 2)

     

    J.M. HORNUS écrit : "jusqu'à la fin du 2ème siècle, aucun texte littéraire ne mentionne de fidèles qui soient militaires. Le premier qui en parle, d'ailleurs pour condamner le fait , est TERTULLIEN." (1)



    Les écrits de TERTULIEN (2) (155-222) sont ceux que l'on attend de la part d'un éminent représentant d'une religion qui non seulement demande d'aimer son prochain autant que soi mais aussi d'aimer son ennemi. Pour ce Père de l'Eglise d'Occident, l'Etat n'est pas en odeur de sainteté; il soutient cependant qu'il faut prier pour lui du fait qu’il est notre ennemi. Cependant, l'Empereur qui incarne l'autorité civile, mérite le respect: "Chacun de nous prie pour chacun des empereurs afin que leur vie soit longue, qu'ils aient un règne tranquille, un palais sûr, des armées courageuses, un sénat fidèle, un peuple loyal, le monde en paix et tout ce qu'on peut désirer comme homme ou comme empereur." (Apologétique)



    Il apparait donc que si TERTULLIEN n'admet pas l'armée pour le chrétien, il la juge nécessaire pour la prospérité de l'empire. Il n'y a pas là une contradiction dans la pensée de TERTULLIEN; le chrétien est pour lui "un pélerin dans ce monde", un "citoyen de la cité céleste" et il est bien conscient par contre que pour le simple citoyen de ce monde, la seule patrie terrestre qu'il ait, doit être défendue avec les moyens appropriés.



    Dans son "De corona" TERTULLIEN condamne sans ambages le service militaire. Il souligne fortement l'incompatibilité entre le statut de soldat et celui de chrétien. Le militaire romain a l'obligation de participer, sous diverses formes, au culte impérial qui est d'ailleurs garant de l'unité du monde romain. Ce culte ne peut être qu'idolâtre pour un chrétien.



    D'abord favori des dieux, l'empereur, après 291, devient un dieu lui -même. Si déjà il est nécessaire de bien séparer le domaine de Dieu de celui de César, à plus forte raison il devient impérieux de le faire avec un César déifié et il apparait évident qu'un chrétien conséquent choisisse entre les deux seigneurs, le divin plutôt que le romain.



    TERTULLIEN commente Romains XIII comme il se doit: "Ce n'est pas pour te fournir l'occasion d'échapper au martyre que l'apôtre te recommande la soumission aux puissances, mais pour t'exhorter à bien vivre, par ce que les puissances sont les auxiliaires de la justice et les ministres du jugement divin qui s'exerce d'avance ici bas sur les criminels" et TERTULLIEN fait remarquer la nécessité de rendre à chacun (Dieu ou César) ce qui lui appartient. Or la vie humaine appartient à Dieu. L'homme est en effet le centre de la création. La vie humaine est ainsi ce qu'il y a de plus précieux au monde, la vie d'un malfaiteur comme celle d'un innocent. Un homicide reste un homicide quelles que soient les circonstances.



    Bien que ne transigeant pas sur les principes, TERTULLIEN n'est pas le rigoriste austère souvent ainsi présenté; il n'incite pas à couper tous les ponts avec le monde: le fidèle peut servir le pouvoir tant qu'il ne l'idolâtre pas et "puisque le Malin a entièrement enveloppé le monde d'idolâtrie, nous pourrons assister à quelque cérémonies pourvu que nous y allions pour l'homme, et non pour l'idole." (Sur l'idolâtrie)



    TERTULLIEN est pour le respect absolu de la vie; il condamne la peine capitale. Du foetus à la mort, sans exceptions, la vie doit être respectée et il montre l'inconséquence de qui voudrait respecter la vie embryonnaire et pas celle de l'homme d'en face d'une armée ennemie.



    On ne peut pas ici ne pas penser à l'encyclique de JEAN PAUL II : "l'Evangile de la vie" où la permission guerrière pour un fin juste offense le caractère sacré de la vie dont pourtant cette encyclique se réclame comme principe intangible. Ce caractère sacré est plusieurs fois affirmé dans l'Eglise primitive. ATHENAGORE (3) affirme: "le chrétien ne peut souffrir de voir un homme mis à mort, fut-ce justement". Et ATHANASE (4) va jusqu'à dire: "ton frère le prochain, ce n'est pas un homme seulement mais Dieu lui même." L'Eglise primitive devrait faire rougir JEAN PAUL II !



    Que la position de TERTULLIEN, que l'on qualifierait aujourd'hui d'objecteur de conscience, indispose les tenants de la doctrine officielle légitimant le service armé, est des plus compréhensibles. D'aucuns ont donc voulu minimiser ses idées en les liant à l'hérésie montaniste. Le montanisme, fondé par MONTANUS vers 165 se caractérisait , entre autres, par un ascétisme rigoureux sensé préparer au retour imminent du Christ (parousie). TERTULLIEN est devenu montaniste vers la fin de sa vie mais cela n'enlève rien à la valeur de la position qu'il avait commencé à défendre avant sa conversion; c'est ce que pense J. M. HORNUS qui cite le Père DANIELOU: "les textes ici sont clairs et il ne faut pas les minimiser, le métier militaire apparait comme incompatible avec la profession de christianisme." De plus J. M. HORNUS fait remarquer que CYPRIEN, disciple de TERTULLIEN et non suspect d'hérésie montaniste, "partage exactement le point de vue de TERTULLIEN en ce qui concerne les Césars et l'armée."



    J.M. HORNUS s'inscrit également en faux contre l'opinion considérant l'antimilitarisme comme localisé à l'Afrique.



    Comme celui de TERTULLIEN, le témoignage d' ORIGENE (5) est précieux pour cerner l'état d'esprit des chrétiens des premiers temps. Il l'est d'autant plus que c'est par lui que nous connaissons une critique en règle des chrétiens, faite par le philosophe païen CELSE .



    ORIGENE, dans son "Contre CELSE" réfuta cet ouvrage. L'information fondamentale apportée par CELSE est que les chrétiens sont contre le service militaire. CELSE les exhorte à changer d'attitude: "Soutenez l'empereur de toutes vos forces, partagez avec lui la défense du droit; combattez pour lui, si les circonstances l'exigent; aidez-le dans le commandement de ses armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs civils et au service militaire; prenez votre part des fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et la cause de la piété".



    Il écrit encore à l'adresse des chrétiens: "Si tout le monde faisait comme vous, rien n'empêcherait que l'empereur ne demeure seul et sans aide, et que la terre entière ne deviennent la proie des Barbares les moins civilisés et les plus grossiers".



    La réplique d'ORIGENE est très instructive :



    "Si tous les Romains embrassaient la foi chrétienne, ils vaincraient tous leurs ennemis par la prière, ou plutôt ils n'iraient plus à la guerre, gardés qu'ils seraient par la puissance divine. [...]Nous aidons en vérité les empereurs quand cela est nécessaire, par une aide qui doit être appelée divine, en revêtant toutes les armes de Dieu. Nous agissons ainsi par obéissance à l'enseignement apostolique qui dit : je vous exhorte donc à faire d'abord des supplications, prières, intercessions, actions de grâce pour tous les hommes, les empereurs et tous ceux qui occupent une position élevée. Et plus un homme est pieux, plus il dépasse en efficacité les soldats qui avancent en ordre de bataille et tuent autant d'ennemis qu'ils le peuvent. Voici ce que nous avons à répondre à ceux qui ne connaissent pas la foi et nous demandent de servir comme soldats au service de la communauté en tuant des hommes."



    ORIGENE constate ensuite que les gardiens des temples dédiés aux dieux romains se gardent d'avoir les mains souillées de sang humain afin d'être dignes d'offrir les sacrifices à leurs divinités et il ajoute:



    "C'est pourquoi, lorsqu'une guerre survient, vous ne faites pas servir les prêtres dans l'armée. Si donc il est raisonnable d'agir ainsi, combien plus raisonnable est-il que, alors que les autres servent dans l'armée, les chrétiens, eux, accomplissent leur service militaire en tant que prêtres et serviteurs de Dieu, conservant pure leur main droite et combattant par le moyen de prières qu'ils adressent à Dieu en faveur de ceux qui servent justement comme soldats et de celui qui règne justement afin que tout ce qui est opposé et hostile à ceux qui agissent justement, puisse être abattu. En faisant tomber par nos prières les différents démons, ceux qui excitent les sentiments guerriers, ceux qui poussent à violer les serments, ceux qui troublent la paix, nous aidons davantage l'empereur que ceux qui servent comme soldats selon l'apparence extérieure. Nous qui faisons monter nos justes prières accompagnées des exercices et des pratiques qui nous enseignent à mépriser les plaisirs et à ne pas être égarés par eux, nous combattons donc pour l'empereur plus que qui que ce soit d'autre.."



    Il est remarquable de constater qu'ORIGENE ne corrige pas ce que dit CELSE; cela fait deux témoignages de poids, d'autant qu'ORIGENE qui a été chargé de la réfutation, parle plus au nom de l'Eglise qu'en son propre nom.



    CLEMENT de Rome (6) parle de Dieu comme de celui qui combat pour nous et prend notre défense. Il aspire à un ordre dans l'Eglise chrétienne qui serait aussi strict que dans l'armée impériale. Le combat chrétien n'en demeure pas moins spécifique quelles que soient les comparaisons -qui ne sont pas raisons- avec les combats païens.



    Il est courant, dans l'Eglise primitive, d'opposer la "militia mundi", milice du monde et la "militia christi", milice du Christ. Cela dit, les autorités ecclésiastiques ont clairement prôné le respect de l'autorité civile, considérant qu'elle a été voulue par la Providence divine.



    L'attitude de CLEMENT est des plus caractéristiques à cet égard :



     



    "Rends-nous soumis



    A ton nom très puissant et très excellent,



    A nos princes et à ceux qui nous gouvernent sur la terre.

     

     

    C'est toi, Maître, qui leur a donné le pouvoir de la royauté



    Par ta magnifique et indicible puissance,



    Afin que, connaissant la gloire et l'honneur que tu leur as départis,



    Nous leur soyons soumis



    Et ne contredisions pas ta volonté.



     

    Accorde-leur, Seigneur, la paix, la concorde, la stabilité,



    Pour qu'ils exercent sans heurt la souveraineté que tu leur as remise.

     

    Car c'est toi, Maître céleste, roi des siècles,



    Qui donnes aux fils des hommes



    Gloire, honneur, pouvoir sur les choses de la terre.



    Dirige, Seigneur, leur conseil suivant ce qui est bien,



    Suivant ce qui est agréable à tes yeux



    Afin qu'en exerçant avec piété,



    Dans la paix et la mansuétude,



    Le pouvoir que tu leur as donné



    Ils te trouvent propice.



    Toi seul as la puissance de faire cela



    Et de nous procurer de plus grands biens encore."



    (lettre aux corinthiens)



    JUSTIN (7), peut-être le plus célèbre des apologistes chrétiens, voit dans l'attitude pacifiste des chrétiens, la réalisation de la prohétie d'ESAIE 2-4: "...de leur glaives ils forgeront des hoyaux, et de leurs lances, des serpes; une nation ne tirera plus l'épée contre une autre, et l'on apprendra plus la guerre". JUSTIN écrit à ce propos :



    "Vous pouvez être certains que cela s'est réalisé. En effet c'est de Jérusalem que douze hommes sont partis à travers le monde. Ils n'avaient pas d'instruction et étaient malhabiles à la parole. Mais par la puissance de Dieu ils annoncèrent à toutes les races qu'ils avaient été envoyés par le Christ pour enseigner à tous la Parole de Dieu. Et ainsi nous qui autrefois nous entregorgions, non seulement nous ne combattons plus contre les ennemis mais, afin de ne pas mentir et de ne pas tromper ceux qui nous interrogent, c'est avec joie que nous acceptons de mourir en confessant le Christ. [...] Autrefois (nous) ne rêvions que guerre et égorgement réciproque avec toutes sortes de méchancetés mais maintenant (nous) avons chacun - sur toute la surface de la terre - transformé les instruments de guerre, les épées en charrues les lances en faucilles. Nous cultivons la piété, la droiture, l'amour des hommes, la foi et l'espérance qui procède du Père lui-même par le Crucifié." (Dialogue avec Tryphon)



    ORIGENE s'exprime selon une ligne de pensée tout à fait semblable :



    "Nous répondons à ceux qui nous demandent d'où nous venons ou qui nous avons pour chef que nous sommes ceux qui en sont arrivés selon les recommandations de JESUS à briser nos pensées combatives, épées et insolence, en charrues, et les coutelas avec lesquels nous combattions autrefois, nous les changeons en faucilles. En effet nous ne prenons plus désormais l'épée contre une autre nation ni n'apprenons plus à combattre, étant devenus par JESUS des fils de la paix ". (Contre Celse)



    CLEMENT d'Alexandrie (8) ne se sert d'images militaires que pour mieux glorifier les soldats spirituels du Christ qui eux ne versent pas le sang :



    "Et le Christ, qui a fait retentir son appel de paix jusqu'aux extrémités de la terre, ne réunirait pas ses pacifiques soldats ? il a, en fait, ô homme, convoqué par son sang et par sa parole son armée qui ne verse pas le sang, et il lui a remis le Royaume des cieux. La trompette de Christ c'est son Evangile ; il en a sonné et nous l'avons entendu. Prenons les armes de la paix, nous revêtant de la cuirasse de la justice, saisissant le bouclier de la foi, coiffant le casque du salut et aiguisant le glaive de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. C'est ainsi que l'apôtre nous dispose pacifiquement pour la bataille ; telles sont les armes qui nous rendent invulnérables ; ainsi équipés, préparons-nous à combattre le Mauvais ; éteignons ses traits enflammés avec le tranchant humide de nos épées que le Logos a trempées lui-même." (Protreptique)



    Comme CLEMENT, IGNACE d'Antioche se sert d’images militaires au sens figuré.



    La Tradition apostolique d’HIPPOLYTE de Rome (?-236), règlement ecclésiastique romain de la fin du deuxième siècle ou du début du troisième, indique bien que le statut de soldat s'accorde mal avec le statut de chrétien :



    "A un soldat qui se trouve auprès d'un gouverneur, qu'on dise de ne pas mettre à mort. S'il en reçoit l'ordre, qu'il ne le fasse pas. S'il n'accepte pas, qu'on le renvoie.



    Que celui qui possède le pouvoir du glaive ou le magistrat d'une cité, qui porte la pourpre, cesse , ou qu'on le renvoie.



    Si un catéchumène ou un fidèle veut se faire soldat, qu'on le renvoie, car il a méprisé Dieu."



     



    Pour bien comprendre la position des dignitaires et écrivains chrétiens des premiers siècles vis à vis de l'état de soldat, il convient de faire référence au contexte historique dans lequel ils ont élaboré leurs enseignements.



    Le monde d'alors est bien différent de celui d'aujourd'hui qui est une mosaïque d'une multitude de nations. C'est un monde étroit, périméditerranéen et l'empire romain y apparaît comme l'empire mondial par excellence. Rien d'étonnant donc à ce que la représentation de l'empire soit gratifiée d'un statut particulier dans le destin du christianisme. Les spécialistes semblent à peu près d'accord pour soutenir que le paradigme du moment lie étroitement l'universalité de la doctrine chrétienne avec l'unicité et l'universalité de l'empire romain rassemblant les peuples civilisés par opposition aux Barbares.



    Certes le royaume des chrétiens n'est pas le royaume de César mais il doit y avoir une providence divine qui a fait éclore la religion universelle du Dieu unique dans un empire universel. MELITON (9), constatant le parallélisme entre le développement de l'Eglise et celui de l'empire, déclare à l'intention de MARC-AURELE :



    "Et c'est une très grande preuve de son excellence que notre doctrine ait fleuri en même temps que l'heureux commencement de l'empire et que rien de mauvais ne soit arrivé depuis le règne d'Auguste, mais qu'au contraire tout ait été éclatant et glorieux selon les prières de tous."



    Cette façon d'appréhender l'empire contenait en germe l'orientation tragique du christianisme qui, de la dualité antéconstantinienne a voulu passer à l'unité de la chrétienté au sens historique du terme, c'est à dire à une symbiose anti évangélique entre l'Eglise et l'Etat.



    Les textes bibliques fondamentaux qui régissent les rapports de l'Eglise et de l'Etat sont Mat: 22:21 (rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu) et Romain 13: 1à6 (se soumettre aux autorités qui exercent le pouvoir).



    La difficulté est de bien cerner ce qui limite le domaine de César de celui de Dieu. Il est bien clair que toute vie humaine appartient à Dieu qui seul peut en disposer. Les guerres ne peuvent donc être que l'affaire des païens. Le soldat païen est reconnu légitime et nécessaire à la survie de l'empire garant des conditions de stabilité et de paix profitant à tous, aux chrétiens en particulier. La caution de CYPRIEN (10), aussi "objecteur de conscience" que TERTULLIEN, est symptomatique; il souhaite un empire puissant avec des effectifs militaires en adéquation; "nous prions constamment, écrit-il, pour que les ennemis soient repoussés, pour que la pluie soit accordée, pour la disparition et l'apaisement des troubles; nous demandons constamment et avec ferveur votre paix et votre sécurité".



    ATHENAGORE écrit aussi:



    "Nous prions donc pour ton pouvoir souverain afin que le fils puisse suivre le père dans une juste succession de l'autorité impériale, afin que votre empire soit prospère et qu'il s'accroisse sans rébellion nulle part. Ceci est à notre profit aussi afin que nous puissons vivre une existence tranquille et paisible et que tous obéissent à ton autorité." (Supplique au sujet des chrétiens)



    Quant à IRENEE (11) il constate: "Par les Romains le monde a la paix et nous pouvons sans crainte voyager par terre et par mer partout où nous voulons".



    Il y a donc bien une légitimité de César qui vient de Dieu comme le montre si bien la prière de CLEMENT que nous avons citée. Pourtant cette légitimité n'est de droit que pour l'accomplissement du bien. HIPPOLYTE précise clairement les choses :



    "Ceux qui croient en Dieu n'ont que faire de la dissimulation et n'ont pas à craindre, s'ils ne font pas le mal, ceux qui détiennent la puissance. Mais, si ces puissants veulent les forcer à agir contrairement à leur foi en Dieu, ils aiment mieux accepter de mourir plutôt que de faire ce qui leur est ordonné. Et lorsque l'apôtre dit qu'il faut être soumis aux pouvoirs supérieurs, il ne fait pas allusion à ce cas. Il ne demande pas que nous rejetions notre foi et les commandements divins pour obéir aux ordres des hommes. Tout au contraire il demande que, par respect du pouvoir, nous ne commettions aucun délit afin de ne pas être châtiés en tant que malfaiteurs. C'est pourquoi il continue : Le bourreau est serviteur de Dieu contre ceux qui font le mal. Tu ne veux pas avoir à craindre le pouvoir ? Fais le bien et tu obtiendras ses louanges. Mais, si tu le fais mal, crains. Car ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive." (Sur Daniel)



    Il faut donc suivre le prince, dit TERTULLIEN, que nous avons déjà cité à ce propos, dans la mesure où il est "ministre de Dieu pour le bien" .



    Les diverses constitutions apostoliques qui sont des règlements ecclésiastiques demandent de prier pour le prince.



    A travers ces louanges temporelles on perçoit de la part de la hiérarchie religieuse, le désir d'être enfin reconnue et de voir disparaitre les persécutions...



    Mieux, les chrétiens devaient être convaincus que leur Dieu triompherait des dieux païens et qu'il pourrait même devenir le Dieu de tout l'empire... Quoi qu'il en soit, les textes de légitimation de l'empire ne masquaient pas l'irréductibilité de fond entre le Christ et César, la primauté allant bien sûr à celui-là. La pensée des pasteurs du moment est sans ambiguïté à cet égard. Seule l'activité de justice des empereurs est cautionnée par Dieu; si elle n'est plus exercée leur autorité est simplement du monde ce qui veut dire de Satan.



    Quand l'Etat persécute les chrétiens, il est en quelque sorte, la figure de l'antéchrist.



    TERTULLIEN, quoique respectueux de l'autorité temporelle comme nous l'avons vu, va jusqu'à parler de Rome dans les termes d' "impure, la nouvelle Babylone, l'ennemi des saints de Dieu". Il semble bien finalement que, chez lui, le négatif l'emporte sur le positif et qu'il juge l'essence de cette organisation humaine comme ressortissant du monde de Satan. HIPPOLYTE va même jusqu'à l'extrême:



    "La bête qui domine aujourd'hui n'est pas une nation unifiée : c'est un ramassis de toutes les langues et de toutes les races humaines, c'est une levée de recrues en vue de la guerre, dont l'ensemble s'appelle les Romains mais qui ne provient pas d'une région unique. De sorte que le prophète, effrayé à la vue de l'avenir, avait bien raison de ne pas qualifier l'espèce de cette bête."



    La pensée profonde des Pères de l'Eglise est que la Providence a laissé venir l'empire, aussi imparfait fût-il, pour permettre la prédication de la bonne nouvelle et assurer l'expansion du christianisme. Cet empire n'est pour eux que provisoire, qu'un tremplin conduisant à l'ordre nouveau de la parousie qui marquera la fin de l'histoire au temps fixé par Dieu et considéré comme proche par les premiers chrétiens.



    L'Eglise primitive a excellemment distingué le service de Dieu et le service de César. La vraie patrie du chrétien n'est pas de ce monde. L'épître à DIOGNETE déclare :



    "Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère... Ils sont dans la chair mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre mais sont citoyens du ciel." Et plus loin nous lisons: "les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde".



    Pour sa part ORIGENE écrit, en réponse à CELSE :



    "Celse nous exhorte à participer au gouvernement de la patrie puisque cela est nécessaire pour la préservation des lois et de la religion. Mais nous connaissons dans chaque Etat une autre patrie, avec son organisation propre. elle est fondée par la Parole de Dieu qui exhorte ceux dont l'éloquence est puissante et la vie exemplaire à gouverner l'Eglise."



    Le chrétien a donc temporairement une "double nationalité" et comme le dit TERTULLIEN, il n'est qu'un "pélerin dans ce monde", un "citoyen de la cité céleste, la Jérusalem d'en haut".



    Même avis de CYPRIEN: "nous avons renoncé au monde et nous vivons ici provisoirement, comme des hôtes et des étrangers...notre patrie, c'est le paradis".



    Tout aussi limpide est l'exhortation de CLEMENT D'Alexandrie: "que votre patrie soit le ciel et Dieu votre législateur".



    TERTULLIEN oppose le "sacramentum fidei" du baptême et le "sacramentum militiae" de l'armée romaine.



    Pour IGNACE D'Antioche, martyre à Rome vers 107, il est "bien plus glorieux de mourir pour le christ Jésus que de régner jusqu'aux extrémités de la terre".



    TATIEN (120-173) met le pouvoir militaire à égalité avec la richesse et la fornication qu'il condamne et s'exclame: "je rejette le commandement militaire".



    Face à l'enseignement dominant de l'Eglise hiérarchique, comment les fidèles se sont-ils comportés dans les faits ?



    Il convient d'abord de signaler les caractéristiques de l'armée romaine. Les premiers chrétiens ont vécu dans les périodes du Haut et du bas empire s'échelonnant de 27 avant Jésus-Christ jusqu'à 476 après Jésus-Christ. Si en principe tous les citoyens devaient le service, en fait le volontariat est largement suffisant pour couvrir la demande. Tout se passe comme si on avait affaire à une armée de métier. Quand, exceptionnellement, il y a des levées comminatoires de troupes, le rachat est toujours possible. Il faut cependant signaler le cas particulier des vétérans ayant reçu des terres à la limite de l'empire, à des fins de stabilisation des frontières. Les fils de vétérans étaient tenus de s'engager dans l'armée impériale.



    A partir de SEPTIME SEVERE (193-211 ?) les soldats des auxilia (effectifs auxiliaires) obtiennent le droit de se marier. Leurs fils étaient normalement tenus d'embrasser la carrière militaire.



    Notons enfin que des enrôlements forcés dans un but disciplinaire ont touché des chrétiens.



    . J.M. HORNUS fait le bilan suivant :



    "Dans les sources littéraires, après les textes néotestamentaires qui peuvent être diversement interprétés et qui d'ailleurs sortent de notre sujet, il faudra attendre jusqu'à la fin du 2ème siècle pour qu'il soit de nouveau question, dans un sens ou dans l'autre, de chrétiens aux armées. Cette constatation, qui rejoint le témoignage négatif des inscriptions, indique qu' à cette époque il y a tout lieu de croire que c'était parce que tout le monde admettait l'incompatibilité entre la foi chrétienne et le service militaire. En tout cas il n'y a dans les sources écrites strictement rien qui engage à interpréter ce silence en disant que les chrétiens acceptaient sans discussion le service militaire, et si, à la rigueur, le silence des textes littéraires peut s'expliquer ainsi, le silence des pierres tombales nous force à choisir l'explication contraire."



    S'il a pu y avoir plus tard des chrétiens dans les armées, ce qui est certain, "cela s'explique sans doute d'abord par les persécutions, l'enrôlement forcé étant une façon de mâter les fortes têtes et, plus généralement, par des dispositions prévoyant le recrutement global d'une certaine catégorie de soldats sans que le christianisme, religion non reconnue, puisse servir de motif d'exemption. Mais on peut dire avec certitude que les chrétiens qui étaient alors dans l'armée n'y étaient pas entrés comme volontaires après leur venue au christianisme. Leur présence, d'abord résultat de la persécution, risquera d'ailleurs rapidement de devenir cause de persécution lorsqu'un chrétien, intraitable, fait éclater aux yeux de tous l'opposition latente entre sa foi et l'empire." (12)



    Le rôle de l'armée n'est pas exactement celui qu'on imagine aujourd'hui; ses fonctions sont diversifiées. La première est certes de défendre les frontières contre les agressions des Barbares mais il lui échoit bien d'autres missions, tout particulièrement, mission de police afin d'assurer la sécurité intérieure ( surveillance des voies de communication, contrôle des populations nomades, lutte contre les révoltes, le banditisme...) De plus l'armée intervient dans des domaines qui aujourd'hui sont déconnectés du militaire: service du courrier, grands travaux comme la construction de routes, d'aqueducs, d'amphithéâtres...



    Si l'armée est bien organisée et bien encadrée, les moeurs n'y sont pas très reluisantes; la brutalité, la cupidité, la débauche sont affaires courantes.



    Il est bien compréhensible que cette ambiance n'ait pas tenté les premiers chrétiens.



    Le problème de l'objection de conscience s'est sans doute très peu posé. Devenir soldat impliquait un choix personnel auquel l'enseignement d'amour de Jésus-Christ, encore si proche, devait empêcher de penser. Attentifs, entre autres, aux enseignements de PAUL, les premiers chrétiens se sont considérés comme des "soldats du Christ" aptes à manier seulement "l'épée de l'esprit".



    La non violence physique apparaît donc de règle, ce qui n'est pas pour étonner, le Christ ayant élargi le principe négatif du décalogue : "tu ne tueras pas" en un commandement d'amour de Dieu et du prochain, au point d'en faire le premier des commandements et le critère infaillible de reconnaissance du vrai disciple :



    "Je vous donne un commandement nouveau : aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres." (JN XIII: 34,35)



    Le silence des textes sur le service armé, pendant les deux premiers siècles, peut s'expliquer par une autre raison a savoir que le christianisme s'est très lentement dégagé de la religion juive or le service militaire était interdit aux juifs sauf exception à titre de sanction pour faute. Ainsi le problème du service militaire a pu émerger vers la fin du deuxième siècle, la spécificité de la nouvelle religion s'étant affirmée et les effectifs devenus plus importants.



    La litanie des martyrs est le témoignage éloquent de la non violence des premiers chrétiens. Ils n'ont pas cherché à résister physiquement, par la révolte armée, aux autorités qui portaient atteinte à leur vie lors des persécutions. Ils n'ont pas fait jouer ce que l'Eglise catholique reconnait depuis longtemps et que rappelle JEAN PAUL II dans son encyclique: la légitime défense. Saint BASILE indique au quatrième siècle, bien que l'état d'esprit des pasteurs catholiques ait déjà bien évolué, qu'un crime, même commis en état de légitime défense, reste un crime méritant d'être puni.



    Devant les persécuteurs romains, les plus affermis dans la foi, plutôt que d'abjurer ou se rebeller, ont préféré perdre leur vie ici bas, conscients en cela de la gagner véritablement au paradis, conformément à la parole de JEAN: "celui qui aime sa vie la perd, et celui qui cesse de s'y attacher en ce monde la gardera pour la vie éternelle". (Jn 12: 25)



     



    M. CREPON dans son ouvrage "les Religions et la Guerre" (13) indique que, dans le christianisme primitif l'acte de tuer est strictement interdit sous peine d'exclusion. Il était même interdit de recevoir de l'argent d'une main souillée par la guerre. Le christianisme primitif a donc "maudit et rejeté la guerre... Tous les témoignages sur le christianisme primitif confirment qu'il n'a jamais envisagé le recours aux armes pour défendre les communautés contre les persécuteurs." (14). Que la pureté primitive ait été quelque peu altérée avec l'augmentation de nombre des adeptes, n'a rien de surprenant.



    Dans le "de corona" de TERTULLIEN, il est question d'un chrétien qui refuse la couronne de laurier au moment du donativum (15) et ce chrétien apparait blamé par d'autres qui n'ont pas eu le courage de l'imiter. L'armée comportait donc des chrétiens. Il est difficile d'en connaitre l'importance relative et les motivations, soit qu'ils aient été touchés par la foi dans l'exercice de leurs fonctions soit qu'ils aient, bien que chrétiens, choisi ce métier sans trop se rendre compte de la gravité de leur choix. Certains se sont enrôlés sur un coup de tête, tel FIRMINIUS dont nous parle BASILE, qui ne l'approuve pas, et lui conseille plutôt de dire "adieu au service militaire." Comme aujourd'hui il y avait des chrétiens qui devaient avoir un niveau médiocre de discernement.



    CLEMENT D'Alexandrie semble plus indulgent avec cette réflexion: " la connaissance de Dieu t'a trouvé à l'armée: écoute le général qui te commande la justice". Mais le général n'est-il pas ici le Christ? Si "général" est entendu au sens premier, CLEMENT tolère le soldat chrétien seulement dans la mesure de la justice de Dieu. C'est certainement dans ce sens que BASILE (16) dit avoir rencontré un chrétien à la fois bon soldat et bon chrétien.



    Il est clair en tout cas que les actes des martyrs indiquent le cas de chrétiens militaires dont la foi a été cause du reniement de l'armée romaine. Il est toutefois difficile de savoir s'il s'agissait de volontaires repentis, de chrétiens enrôlés de force ou de soldats initialement païens touchés par la foi.



    En l'an 262, le cas de MARIN, soldat chrétien sous GALIEN est intéressant car on sait qu'il ne sacrifiait pas à l'empereur ; il s'arrangeait pour ne pas accomplir de gestes réprouvés par sa morale chrétienne et quand il fut sommé de le faire, il accepta de mourir pour sa foi.



    C'est à la fin du troisième siècle et au début du quatrième, sous DIOCLETIEN (284-305), que se multiplièrent les actes de martyrs de la part de chrétiens soldats. Cela est, entre autres, en relation avec l'extrême divinisation des empereurs (vers 291) qui se considérèrent comme des dieux à part entière, "diis geniti", nés des dieux. Face à cet hyperbolisme païen, il y eut des résistances héroïques.



    Le cas de MAXIMILIEN de Tébessa, en 295, apporte des renseignements précieux. Sous le consulat de TUSCUS et ANULINUS , FABIUS VICTOR, qui était peut-être vétéran, comparut devant le tribunal d’incorporation avec son fils MAXIMILIEN, âgé de 21 ans. Rapportons chronologiquement quelques propos échangés entre le proconsul et MAXIMILIEN :



    - le proconsul : Quel est ton nom ?



    - MAXIMILIEN : A quoi bon ? Je ne peux être soldat, je suis chrétien. (Ce qu’il répète en passant sous la toise : « je ne peux être soldat, je ne peux faire le mal, je suis chrétien ».



    - le proconsul : Il faut être soldat ou mourir !



    - MAXIMILIEN : Je ne serai pas soldat. Coupe moi la tête si tu veux. Je ne peux être soldat dans le monde ; je suis soldat pour Dieu.



    - Le proconsul : Sois soldat et reçoit la bulle.



    - MAXIMILIEN : Rien, je porte déjà la marque du Christ mon Dieu.

     

    - le proconsul, s’adressant à l'appariteur : Mets lui la bulle.



    - MAXIMILIEN, se débattant : Je ne reçois pas la marque du monde, si on me la donne je la briserai, cela ne compte pas. Je suis chrétien, il ne m’est pas permis de porter au cou la bulle de plomb, moi qui porte déjà le signe du salut du Christ, fils du Dieu vivant que tu ignores ; du Christ qui a souffert pour notre salut et que Dieu a livré à la mort pour nos péchés. C’est lui que nous tous chrétiens, nous servons, c’est lui que nous suivons, car il est le prince de la vie l'auteur du salut.

     



    - le proconsul : Pense à ta jeunesse, sois soldat, les armes conviennent bien à ton âge.



    - MAXIMILIEN : Ma milice est celle de Dieu, je ne peux combattre pour le monde. Je ne cesse de le redire, je suis chrétien.



    - le proconsul : Dans la garde de nos maîtres DIOCLETIEN et MAXIMIEN, CONSTANCE et GALERE, servent des soldats chrétiens.



    - MAXIMILIEN : Ils savent eux-mêmes ce qui convient pour eux. Moi, je suis chrétien et je ne sers 



    - le proconsul : Prends ton service sinon je punirai de mort ton mépris pour le métier.



    - MAXIMILIEN : Je ne mourrai pas ; si je sors du monde mon âme vivra avec le Christ mon Seigneur.



    Verdict : « ton impiété t’a fait refuser le service, tu seras puni en conséquence ; cela servira d’exemple aux autres »… « MAXIMILIEN a refusé par impiété le serment militaire, il sera décapité ».



    Le corps de MAXIMILIEN fut ramené à Carthage afin d’être enseveli près de la tombe de CYPRIEN ce qui ne pouvait qu’ honorer sa mémoire, compte tenu de ses positions pacifistes.



    Autre exemple, celui de TIPASIUS, rappelé au service vers 298, et déclarant : « maintenant je sers le Christ. Auparavant je servais le monde….Personne, après la victoire, ne revient au combat. Moi j’ai vaincu le monde ; je me suis enrôlé parmi les serviteurs du Christ. Je suis soldat du Christ, je sers le Christ ; et, si tu veux sévir contre moi, c’est pour le Christ que je souffrirai ». Après avoir été épargné pendant un temps, TIPASIUS fut finalement mis à mort.



    A la même époque, le centurion MARCEL est martyrisé à Tanger . « C’est de JESUS CHRIST, dit MARCEL, le roi éternel, que je suis soldat. Désormais je refuse d’être soldat de vos empereurs. Je ne veux pas adorer vos dieux de bois et de pierre car ce sont des idoles sourdes et muettes ». Interrogé d’abord par le gouverneur FORTUNATUS il est ensuite envoyé, vu la gravité du cas, à son supérieur hiérarchique AGRICOLANUS :



    - AGRICOLANUS : Tu étais soldat comme centurion ordinaire ?



    - MARCEL : J’étais soldat.



    -AGRICOLANUS : Quelle folie t’a poussé à rejeter les insignes militaires et à parler comme tu l'as fait ?



    - MARCEL : Il n’y a aucune folie chez ceux qui craignent Dieu…



    - AGRICOLANUS : Tu as jeté les armes ?



    - MARCEL : Je les ai jetées. En effet il ne convenait pas qu’un chrétien soit soldat dans l'armée du monde, lui qui est soldat du Seigneur Christ…



    MARCEL fut condamné à mort.



    D’autres exemples sont à citer encore qu’il faille faire un tri sérieux car certains semblent avoir été créés de toute pièce.



    Il y a, en 302, le cas du vétéran JULIUS qui s’est dépeint comme « égaré dans l'armée trompeuse » après avoir pris conscience de l'incompatibilité de la loi de César et de celle de Dieu.



    ISICHIUS, compagnon de détention de JULIUS, rejoignit celui-ci dans le martyre. NICANDRE, MARCIEN, TARACHUS , subirent le même sort.



    Sans qu’il soit nécessaire de multiplier davantage les exemples, les martyrs montrent la grande acuité avec laquelle s’est posée, dans l'Eglise primitive, la limite entre le domaine de Dieu et celui de César.

     

    Après la dernière grande persécution dioclétienne, les tragiques tribulations des chrétiens allaient prendre fin.

     

    Suite à une maturation de trois siècles, après tant d'apologies adressées aux empereurs pour les convaincre que l'empire n'avait rien à craindre, au contraire, de l'intégration des chrétiens, voilà qu'un empereur, du nom de CONSTANTIN, allait enfin reconnaître et de surcroît, privilégier la religion chrétienne à laquelle il allait même se convertir, proposant ainsi à ses sujets le choix entre la multitude des petits dieux romains et un grand Dieu unique, Dieu des dieux...C'est ce que l'Eglise nomme le "triomphe du quatrième siècle" dans lequel, bien sûr, elle ne pouvait pas ne pas voir, la providentielle main de Dieu.



    CONSTANTIN s‘est paraît-il converti après avoir eu une vision de la croix, symbole qu’il fit graver sur ses drapeaux et sur les boucliers de ses soldats ce qui lui aurait permis de vaincre son adversaire MAXENCE et de devenir ainsi le seul maître de l'Occident. C’est une entrée plutôt sanglante, remarquons-le, dans la religion de l'amour fraternel !



    CONSTANTIN devint le protecteur de l'Eglise ; en retour elle dut pays le prix fort, a savoir abandonner son pacifisme initial, ce qui fut officiellement fait au concile d’Arles, (314), convoqué par l'empereur même, non baptisé (il ne le sera qu’aux heures de sa mort et par un évêque hérétique de surcroît !)



    Le canon 3 précise : "En ce qui concerne ceux qui jettent les armes en temps de paix, il convient qu'ils ne soient pas reçus à la communion".



    Ce concile marque un tournant doctrinal qui va engager l'Eglise dans une voie guerrière dont elle n’est pas encore sortie. L'état de soldat et l’état de chrétien ne sont donc plus incompatibles et les choses deviennent très claires sous l'empereur THEODOSE qui rétablit et amplifie les privilèges de l'Eglise. Il promulgue un édit imposant le christianisme à tous ses peuples. Une juridiction contraignante s'abattit sur les païens qui se virent interdire leurs rites et leurs temples dont bon nombre devinrent des églises. Une chasse aux sorcières s'organisa, parfois avec sang versé. Bien que baptisé dès son avènement, THEODOSE ne se posa pas beaucoup de problème de conscience pour faire massacrer des milliers de personnes lors des émeutes de Thessalonique. Il est vrai que l'évêque de Milan l'excommunia, mais seulement pour quelques mois...



    Sous THEODOSE II paraît, en 416, un décret selon lequel l'armée ne peut comporter que des chrétiens. Evidemment les volontaires, toujours en surnombre, n'ont fait aucune difficulté à devenir chrétiens!...



    Après tant de tribulations antéconstantiniennes, l'Eglise hiérarchique a eu la grande faiblesse d'abonder dans le sens du pouvoir au mépris de l'un de ses plus grands principes de foi. Il restait à théoriser cette nouvelle ligne, ce que fit St AUGUSTIN qui fut à l'origine d’une conception nouvelle et terrible de la guerre qui n’est pas encore morte aujourd’hui.



    ST AUGUSTIN est l'homme aux charitables déclarations comme par exemple :



    -« (Face aux hérétiques) il est miséricordieux d’être sans miséricorde. »



    -« Il y a une persécution injuste, celle que font les impies à l'église du Christ ; et il y a une persécution juste, celle que font les églises du Christ aux impies. (...) l'église persécute par amour et les impies par cruauté. »



    Faisons le bilan sur les critères d'une guerre juste selon saint AUGUSTIN:



    Tout d'abord , la guerre doit être décidée en connaissance de causes, par le "prince", représentant l'autorité légitime car "l'ordre naturel, qui est fondé sur la paix des mortels, exige que la guerre ne soit entreprise que de la propre autorité du prince et en vertu de sa décision."



    La finalité de la guerre doit être de rectifier une injustice pour rétablir la paix : "sont dites justes les guerres qui vengent les injustices, lorsqu'un peuple ou un état, à qui la guerre doit être faite, a négligé de punir les méfaits des siens ou de restituer ce qui a été ravi au moyen de ces injustices."



    La guerre doit être menée avec modération et humanité, sans utiliser des moyens immoraux : "l'envie de nuire, la cruauté dans la vengeance, l'esprit implacable, inapaisé, la férocité dans la révolte, le désir de dominer et autres attitudes semblables, s'il y en a, voilà ce que le droit critique dans les guerre."



    La guerre doit être un recours ultime, après que tous les autres moyens aient été essayés. Quant au soldat, dans le contexte d'une guerre juste, il doit obéir, encore qu'AUGUSTIN ajoute : "quand il est certain que ce qui lui est commandé n'est point contre la loi de Dieu, ou du moins quand il n'est pas certain qu'il lui soit contraire." Tuer un ennemi n'est pas un péché:



    "Le soldat qui tue l'ennemi, comme le juge et le bourreau qui éxécutent un criminel, je ne crois pas qu'ils pèchent car, en agissant ainsi, ils obéissent à la loi...Le soldat qui tue l'ennemi est simplement le serviteur de la loi. Il lui est donc facile de remplir son service sans passion afin de défendre ses concitoyens et de s'opposer à la force par la force".



    Enfin, et c'est là le principe le plus pernicieux, AUGUSTIN reconnait le droit de juste persécution des impies étant donné qu'il est opéré en vue d'une fin charitable car salvatrice. La fin ici excuse le moyen.



    AUGUSTIN s'avère donc non seulement le père spirituel de la théorie de la guerre juste mais aussi celui de la guerre sainte et d'une façon générale de l'intolérance catholique qui, comme l'écrit R. JOLY "est un corollaire strict de la charité". (17)

     

    La théorie de St AUGUSTIN a inspiré tous ses successeurs qui lui ont simplement apporté des retouches. Le dernier Catéchisme de l'Eglise catholique y fait référence et des écrits contemporains la commente encore abondamment . (18)



    Au nom du principe de guerre juste, les catholiques ont été impliqués dans toutes les tueries de l'histoire dont certaines ont d’ailleurs été prêchées par elle (les croisades). La mentalité augustinienne a aussi enfanté la torture et les bûchers de l'Inquisition. N’oublions pas non plus que la papauté a été puissance temporelle de 756 à 1870 et que cela n’a pas été sans un militarisme très coûteux en vies, le dernier fait d’armes étant celui de la « 9ème croisade » du tout jeune béatifié PIE IX.



    La compromission guerrière avec César est toujours d’actualité. Le 20ème siècle a tragiquement confirmé l'incapacité de la hiérarchie à respecter sa propre théorie ; En effet lors de la 1ère guerre mondiale l'Eglise a donné le triste spectacle d’un pape neutre au milieu d’évêques nationalistes dans chacun des camps opposés, demandant la victoire au même Dieu ! Et des catholiques se sont fraternellement massacrés.



    Lors de la Sde guerre mondiale on connaît le scandaleux silence de PIE XII sur la série d’agressions injustes de la part d’HITLER et de l'inhumanité indicible de sa conduite de la guerre. PIE XII a donc complètement occulté la doctrine de la guerre juste, pourtant très en deçà de l'Evangile. Il a été le pape de la charité qui commence par soi-même. Ce Pontife du crépuscule de la morale chrétienne avait pourtant solennellement annoncé au monde, dans son encyclique « Summi pontificatus » (octobre 1939), qu’il serait, contre vents et marées, à la hauteur de son titre : vicaire du CHRIST.



    Heureusement que les pierres ont crié !

     

    Après une histoire aussi compromettante, la récente encyclique de JEAN PAUL II est bien surprenante ! Il y présente la doctrine catholique comme la « championne » du respect de la vie :



    "La vie, surtout la vie humaine, n'appartient qu'à Dieu; c'est pourquoi celui qui attente à la vie attente en quelque sorte à Dieu lui-même [....] la vie humaine présente un caractère sacré et inviolable, dans lequel se reflète l'inviolabilité même du créateur." (19)



    "La vie humaine est sacrée et inviolable dans toutes ses étapes et en toute situation ; elle est un bien indivisible. Il s'agit donc de "prendre soin" de toute la vie et de la vie de tous. Ou plutôt, plus profondément encore, il s'agit d'aller jusqu'aux racines mêmes de la vie et de l'amour." (p.136)



    « Dieu est le seul Maître de la vie de son commencement à son terme » (p. 83). Les 160 pages de l'encycliques tournent autour de ce thème. Rien d’étonnant me direz vous mais il faut ajouter deux pages introduites comme en catimini et qui font s’écrouler le bel édifice comme le montre la citation suivante:



    « Seul Dieu est maître de la vie. Toutefois, depuis toujours, face aux cas nombreux et souvent dramatiques qui se présentent chez les individus et dans la société, la réflexion des croyants a tenté de parvenir à une compréhension plus complète et plus profonde de ce que le commandement de Dieu interdit et prescrit. Il y a des situations dans lesquelles les valeurs proposées par la Loi de Dieu apparaissent sous une forme paradoxale. C'est le cas, par exemple, de la légitime défense, pour laquelle le droit de protéger sa vie et le devoir de ne pas léser celle de l'autre apparaissent concrètement difficiles à concilier. »



    Le catéchisme tranche sans état d’âme : « La légitime défense peut être non seulement un droit, mais un devoir grave, pour celui qui est responsable de la vie d’autrui, du bien commun de la famille ou de la cité. » (§ 2264)



    Il est contradictoire de déclarer la vie sacrée et inviolable dans toutes les circonstances et en même temps d’accorder aux autorité légitimes de l'Etat le droit de permettre des homicides légaux lors des guerres. Pour un chrétien, servir l'Etat par les armes, c’est rendre à César la vie humaine qui appartient à Dieu.

     

    Il y a donc beaucoup d’outrecuidance de la part de JEAN PAUL II à faire du catholicisme une religion du respect intégral de la vie. Le Pape, pensant à un homme qui savait si bien manier la francisque, se posait un jour le problème de savoir ce que la France avait fait de son baptême ; posons lui quant à nous cette question : « Eglise qu’as-tu fait de l'Evangile de la vie ? »



    La repentance a encore de beaux jours devant elle.

     

     

    Bruno ALEXANDRE


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    Sorciers et sorcières

    Entre philtres d'amour et bûchers

    Des chamans aux prêtres vaudou, la sorcellerie est de tous les âges et de toutes les civilisations. Le mot est un lointain dérivé du latin sors, qui désignait à l'origine un rituel de divination. C'est paradoxalement à la fin du Moyen Âge, tandis que la foi reculait au profit de la raison, que les sorciers et sorcières furent désignés à la vindicte publique et livrés au bûcher !

     

    Un siècle plus tard explosa la « grande chasse aux sorcières », essentiellement en Europe centrale. Contemporaine de quelques-uns des plus grands esprits scientifiques qu'ait connue l'humanité, elle fit en soixante-dix ans environ deux fois plus de victimes que la guillotine sous la Révolution ou l'Inquisition en quatre siècles...

     

    L'invention du diable

    Le mot « sorcier » apparaît au VIIIe siècle sous sa forme latine sorcerius pour désigner un « diseur de sorts », en rapport avec les démons. Après l'An Mil, ces démons laissent la place au diable, aussi appelé Satan. Il devient omniprésent sur les tympans des églises et sur les chapiteaux et dans l'imaginaire de cette époque. Sous la forme d'incubes (démons mâles) ou succubes (démons femelles), ils s'accouplent avec des humains et le fruit de ces unions ne laissent pas de surprendre. Dans la légende du roi Arthur, l'enchanteur Merlin serait ainsi le fils d'un incube et les fées Mélusine, Morgane ou encore Viviane ne seraient autres que des succubes !

     

    Au XIIIe siècle apparaît le mot « sorcellerie » pour qualifier le commerce avec le diable, parfois assimilé à une hérésie et passible des foudres de l'Inquisition. Toutefois, on se contente le plus souvent d'exposer en place publique les personnes soupçonnées de sorcellerie car on les considère comme de pauvres fous, plus dignes de pitié qu'autre chose. Soulignons que ces personnes sont à près de 90% des femmes. À ce commerce s'opposent les intercessions des saints et de la Vierge, qui sont quant à elles tout ce qu'il y a de plus légitime.

     

    Les innombrables hagiographies ou vies de saints qui racontent ces miracles convainquent leurs lecteurs que la magie d'essence divine est plus performante et plus bénéfique que la magie du diable. Ce dernier est d'ailleurs fréquemment berné, par exemple en acceptant de construire un pont contre la promesse d'emporter une âme en enfer, promesse qui ne sera jamais réalisée !

     

    Sale temps pour les sorcières

    Martin le Franc, Le Champion des dames, 1451Tout change au XIVe siècle, à l'automne du Moyen Âge, avec la surpopulation des campagnes, le retour des famines et de la peste, les jacqueries et autres révoltes sociales, la guerre de Cent Ans et également le Grand Schisme au sein de l'Église romaine.

     

    Par la bulle (dico) du 5 décembre 1484 (Summis desiderantas affectibus), le pape Innocent VIII ordonne une enquête sur les sorciers, les sorcières et la sorcellerie, en vue de définir les signes auxquels on peut reconnaître le pacte d'un individu avec le démon !

     

    Deux ans plus tard, en 1486, deux inquisiteurs publient un traité sur la sorcellerie et la manière de la traquer. C'est l'amorce d'une folie collective qui va affecter une grande partie de l'Europe et brouiller le discernement des plus grands esprits de l'époque. C'est aussi l'amorce d'une régression d'une rare ampleur du statut des femmes, désignées comme le vecteur du Malin. Intitulé Malleus maleficarum (le « Marteau des sorcières »), le traité va être de nombreuses fois réédité

     

    Ce traité va inspirer le traité de démonologie de l'illustre Jean Bodin, plus connu pour son traité de science politique Les Six Livres de la République (1576). Cet esprit supérieur, contemporain de Montaigne, écrit son traité De la démonomanie des sorciers en 1580.

     

    Les procès en sorcellerie débutent vers 1430 mais la plupart ont lieu entre 1560 et 1630. Dans cette courte période de 70 ans durant laquelle sévit la « grande chasse aux sorcières », environ 30 000 à 60 000 malheureux (essentiellement des femmes) vont être envoyées au bûcher, pour environ le double de procès.Exécution de Verena Trost, Barbara Meyer et de leur fille Anna Lang à Bremgarten en tant que sorcières, 13 Septembre 1574, Zürich, Bibliothèque centrale.

     

    Entre folie et raison

    La « grande chasse aux sorcières » sévit principalement en Allemagne. Le Saint Empire, qui compte au XVIIe siècle environ quinze millions d'habitants, recense la moitié des bûchers de l'Europe. Le petit Danemark en compte à lui seul environ cinq cents. Mais c'est en Suisse que leur fréquence rapportée à la population est la plus élevée. Dans le seul pays de Vaud, on compte un total de 1 700 bûchers (jusqu'à 25 en une seule année !).

     

     

    Dans le royaume de France, les procès en sorcellerie restent limités et aboutissent assez rarement à des condamnations à mort du fait des procédures d'appel. L'historien Alfred Soman, cité par Jacques Roehrig, dénombre 104 exécutions (XVIe-XVIIIe siècles). Même contraste en Grande-Bretagne. L'Angleterre, seul pays d'Europe à interdire la torture, sauf dans les affaires d'État, recense « seulement » cinq cents exécutions (pendaisons) pour pacte avec le Diable. L'Écosse, bien que beaucoup moins peuplée, en recense trois fois plus.





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