• Le Pontifex Maximus et sa cohorte de Princes couvrent les crimes de pédophilie

     

    Pédophilie dans l'Église: les silences du cardinal Barbarin en procès

    Publié le dimanche 6 janvier 2019 à 9h07 par France Inter

    Le procès du cardinal Barbarin et d'autres responsables religieux s'ouvre ce lundi à Lyon. C'est son silence dans l'affaire de pédophilie du père Preynat notamment qui est en cause.

     

    Le cardinal Barbarin dans la cathédrale Saint-Jean à Lyon © AFP / JEFF PACHOUD

    "Je n'ai qu'un seul juge qui est le Seigneur", affirmait récemment, à Lourdes, le cardinal Philippe Barbarin. Lundi, l'archevêque de Lyon doit comparaître devant la justice des hommes, accusé de lui avoir caché le passé pédophile du père Preynat.  Avec lui, cinq anciens membres du diocèse, dont l'archevêque d'Auch et l'évêque de Nevers, sont convoqués devant le tribunal correctionnel jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts avant 1991.

     

    Ils sont cités à comparaître pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineur.  Le préfet du Vatican, poursuivi, ne sera pas présent, le Vatican invoquant son immunité.

     

    Sur le banc des parties civiles, des victimes du Père Preynat, 72 ans, qui ont découvert, adultes, que celui qu'ils accusent de pédophilie était toujours au contact avec des enfants.  

     

    Le prélat de 68 ans, en poste à Lyon depuis 2002, incarne en France la crise d'une Église confrontée partout aux déviances des uns et aux silences des autres - que le pape François appelle à rompre tout en soutenant le primat des Gaules quand d'autres réclament sa démission.  

     

    Le scandale lyonnais a éclaté en 2015 avec la mise en cause du père Bernard Preynat pour des abus commis un quart de siècle plus tôt. Parce qu'il était au courant de ces agissements anciens, des victimes ont aussi porté plainte contre Mgr Barbarin, estimant qu'il aurait dû lui-même dénoncer le prêtre à la justice.  Après six mois d'enquête et dix heures d'interrogatoire du cardinal par la police, le parquet de Lyon a classé l'affaire sans suite à l'été 2016.  Mais des plaignants ont lancé depuis une procédure de citation directe devant le tribunal.

     

    Trois d'entre eux ont lancé l' association La Parole Libérée qui a recensé 85 victimes présumées (les faits sont prescrits pour une majorité). Neuf sont parties civiles à ce procès dont François Devaux, 39 ans. 

     

    _"Ce n'est pas le procès d'un homme" - le cardinal Barbarin- mais celui d'un système estime immédiatement François Devaux, habitué à ce qu'on l'interroge sur ce face à face attendu au tribunal.  "Ce procès c'est la fin d'un combat, un aboutissement" dit François Devaux. Il a fallu effacer la honte pour créer l'association La Parole libérée qui va être mise en sommeil. Il ne reçoit presque plus de menaces mais toujours beaucoup d'appels de victimes. L'Eglise n'a selon lui pas assez avancé sur la pédophilie  "Notre stratégie était d'alerter l'opinion publique et les politiques, on a réussi"  poursuit François Devaux et "qu'elle soit l'issue de ce procès, ça ne m'empêchera pas de dormir"

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    Pédophilie dans l’Eglise catholique : le pape François fait trop peu, trop tard

    Editorial. En visite en République d’Irlande, le souverain pontife a demandé le pardon des fidèles pour les violences sexuelles impliquant l’Eglise.

     

    Par Le Monde Publié le 27 août 2018 à 11h27 - Mis à jour le 27 août 2018 à 17h20

     

    Editorial du « Monde ». Le flot des révélations sur les violences sexuelles au sein de l’Eglise catholique semble ne jamais devoir se tarir. Tout l’été, juges, enquêteurs et procureurs de Pennsylvanie, du Chili ou d’Australie ont alimenté la sinistre chronique de plus de trois décennies d’agressions. En République d’Irlande, cette tragédie a encore dominé la visite du pape François, qui a demandé avec insistance, dimanche 26 août, le pardon des fidèles.

     

    Cette contrition pontificale ne suffira cependant pas à rétablir l’image dévastée de l’Eglise et de son clergé. Dimanche, au lendemain de la rencontre du pape avec des victimes de prêtres irlandais, un ancien nonce apostolique aux Etats-Unis, Mgr Carlo Maria Vigano, accusait François, dans une lettre rendue publique, d’avoir lui-même longtemps couvert les abus commis par l’ex-cardinal Theodore McCarrick, archevêque de Washington, qu’il a fini par démettre du Sacré Collège en juillet. L’ancien nonce, proche de Benoît XVI et connu pour son opposition à François, n’est pas neutre, et le pape s’est ouvertement refusé à commenter ses accusations, demandant aux journalistes de les lire attentivement et de formuler leur propre jugement. Mais le sommet de l’Eglise est aujourd’hui si fragilisé par l’étendue de ces scandales que cette lettre a suffi à empoisonner la dernière journée de la visite du pape en Irlande.

     

    Lire aussi  Pédophilie dans l’Eglise : un prélat accuse le pape d’avoir couvert un cardinal américain

    Trop peu, trop tard. A force d’avoir procrastiné et faute d’avoir mesuré en temps utile l’ampleur de la déflagration de ces scandales au sein de la communauté catholique, c’est aujourd’hui le chef de l’Eglise, le pape François, qui en paie le prix. Elu en 2013, il était apparu comme l’une des dernières figures susceptibles d’avoir un discours moral de portée universelle sur les grands sujets d’actualité. Ses propos dénonçant l’inhumanité du traitement des migrants, la puissance de l’argent et les ravages du réchauffement climatique ont fait naître cet espoir.

     

    Le dossier chilien

    Mais les affaires de violences sexuelles qui n’ont cessé d’éclater au sein de l’Eglise ont fini par le rendre inaudible sur les autres sujets. Depuis le mois de janvier et sa désastreuse visite au Chili, on ne guette quasiment plus, de sa part, que des commentaires sur le dernier scandale mis au jour. Sur le dossier chilien, il s’est d’ailleurs lui-même mis en position d’accusé, en prenant parti pour un évêque controversé sans même avoir entendu les victimes.

     

     

    Le Vatican affirme avoir pris des mesures, depuis le début des années 2000 et les révélations sur les scandales du diocèse de Boston et les mauvais traitements infligés aux enfants dans les institutions irlandaises, pour briser l’omerta et prévenir de nouveaux abus. Ce n’est pas faux – mais c’est insuffisant.

     

     

    Ainsi, aucun mécanisme permettant de juger la responsabilité d’évêques ayant protégé des prêtres dont les abus étaient portés à leur connaissance n’a été mis en place. En outre, l’opacité demeure totale sur la « gestion de carrière », par le Vatican, de figures telles que celle du cardinal déchu Theodore McCarrick, dont apparemment beaucoup de monde connaissait la pratique de mettre des séminaristes dans son lit. Enfin, les mesures prises pour prévenir les abus du clergé sont limitées à quelques pays occidentaux ; rien ne semble prévu dans les diocèses d’Afrique ou d’Asie. Tant que cette réforme ne sera pas vraiment engagée, dans un effort résolu de transparence, le pape François sera privé de son magistère moral