• La chasse aux sorcières dans la secte catholique:60000 femmes brûlées vives

     

     

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    Sorciers et sorcières

    Entre philtres d'amour et bûchers

    Des chamans aux prêtres vaudou, la sorcellerie est de tous les âges et de toutes les civilisations. Le mot est un lointain dérivé du latin sors, qui désignait à l'origine un rituel de divination. C'est paradoxalement à la fin du Moyen Âge, tandis que la foi reculait au profit de la raison, que les sorciers et sorcières furent désignés à la vindicte publique et livrés au bûcher !

     

    Un siècle plus tard explosa la « grande chasse aux sorcières », essentiellement en Europe centrale. Contemporaine de quelques-uns des plus grands esprits scientifiques qu'ait connue l'humanité, elle fit en soixante-dix ans environ deux fois plus de victimes que la guillotine sous la Révolution ou l'Inquisition en quatre siècles...

     

    L'invention du diable

    Le mot « sorcier » apparaît au VIIIe siècle sous sa forme latine sorcerius pour désigner un « diseur de sorts », en rapport avec les démons. Après l'An Mil, ces démons laissent la place au diable, aussi appelé Satan. Il devient omniprésent sur les tympans des églises et sur les chapiteaux et dans l'imaginaire de cette époque. Sous la forme d'incubes (démons mâles) ou succubes (démons femelles), ils s'accouplent avec des humains et le fruit de ces unions ne laissent pas de surprendre. Dans la légende du roi Arthur, l'enchanteur Merlin serait ainsi le fils d'un incube et les fées Mélusine, Morgane ou encore Viviane ne seraient autres que des succubes !

     

    Au XIIIe siècle apparaît le mot « sorcellerie » pour qualifier le commerce avec le diable, parfois assimilé à une hérésie et passible des foudres de l'Inquisition. Toutefois, on se contente le plus souvent d'exposer en place publique les personnes soupçonnées de sorcellerie car on les considère comme de pauvres fous, plus dignes de pitié qu'autre chose. Soulignons que ces personnes sont à près de 90% des femmes. À ce commerce s'opposent les intercessions des saints et de la Vierge, qui sont quant à elles tout ce qu'il y a de plus légitime.

     

    Les innombrables hagiographies ou vies de saints qui racontent ces miracles convainquent leurs lecteurs que la magie d'essence divine est plus performante et plus bénéfique que la magie du diable. Ce dernier est d'ailleurs fréquemment berné, par exemple en acceptant de construire un pont contre la promesse d'emporter une âme en enfer, promesse qui ne sera jamais réalisée !

     

    Sale temps pour les sorcières

    Martin le Franc, Le Champion des dames, 1451Tout change au XIVe siècle, à l'automne du Moyen Âge, avec la surpopulation des campagnes, le retour des famines et de la peste, les jacqueries et autres révoltes sociales, la guerre de Cent Ans et également le Grand Schisme au sein de l'Église romaine.

     

    Par la bulle (dico) du 5 décembre 1484 (Summis desiderantas affectibus), le pape Innocent VIII ordonne une enquête sur les sorciers, les sorcières et la sorcellerie, en vue de définir les signes auxquels on peut reconnaître le pacte d'un individu avec le démon !

     

    Deux ans plus tard, en 1486, deux inquisiteurs publient un traité sur la sorcellerie et la manière de la traquer. C'est l'amorce d'une folie collective qui va affecter une grande partie de l'Europe et brouiller le discernement des plus grands esprits de l'époque. C'est aussi l'amorce d'une régression d'une rare ampleur du statut des femmes, désignées comme le vecteur du Malin. Intitulé Malleus maleficarum (le « Marteau des sorcières »), le traité va être de nombreuses fois réédité

     

    Ce traité va inspirer le traité de démonologie de l'illustre Jean Bodin, plus connu pour son traité de science politique Les Six Livres de la République (1576). Cet esprit supérieur, contemporain de Montaigne, écrit son traité De la démonomanie des sorciers en 1580.

     

    Les procès en sorcellerie débutent vers 1430 mais la plupart ont lieu entre 1560 et 1630. Dans cette courte période de 70 ans durant laquelle sévit la « grande chasse aux sorcières », environ 30 000 à 60 000 malheureux (essentiellement des femmes) vont être envoyées au bûcher, pour environ le double de procès.Exécution de Verena Trost, Barbara Meyer et de leur fille Anna Lang à Bremgarten en tant que sorcières, 13 Septembre 1574, Zürich, Bibliothèque centrale.

     

    Entre folie et raison

    La « grande chasse aux sorcières » sévit principalement en Allemagne. Le Saint Empire, qui compte au XVIIe siècle environ quinze millions d'habitants, recense la moitié des bûchers de l'Europe. Le petit Danemark en compte à lui seul environ cinq cents. Mais c'est en Suisse que leur fréquence rapportée à la population est la plus élevée. Dans le seul pays de Vaud, on compte un total de 1 700 bûchers (jusqu'à 25 en une seule année !).

     

     

    Dans le royaume de France, les procès en sorcellerie restent limités et aboutissent assez rarement à des condamnations à mort du fait des procédures d'appel. L'historien Alfred Soman, cité par Jacques Roehrig, dénombre 104 exécutions (XVIe-XVIIIe siècles). Même contraste en Grande-Bretagne. L'Angleterre, seul pays d'Europe à interdire la torture, sauf dans les affaires d'État, recense « seulement » cinq cents exécutions (pendaisons) pour pacte avec le Diable. L'Écosse, bien que beaucoup moins peuplée, en recense trois fois plus.